Taux directeur relevé à 2,50 % par la Banque du Canada
La Banque du Canada relève son taux directeur à 2,50 % : une première hausse depuis 2023
La Banque du Canada a relevé son taux directeur d’un quart de point de pourcentage le 28 octobre 2026 pour le porter à 2,50 %. Cette décision met fin à une séquence de sept statu quo consécutifs et marque son tout premier resserrement monétaire depuis juillet 2023.
La table était mise depuis la mi-octobre. Le cours du pétrole dépassait largement les hypothèses retenues par l’institution dans ses prévisions de juillet, l’inflation globale avait franchi le haut de la fourchette cible et le gouverneur Tiff Macklem avait profité des réunions du Fonds monétaire international (FMI) à Bangkok pour prévenir qu’une révision à la hausse des perspectives d’inflation était imminente. Le 17 octobre, il déclarait aux journalistes que l’enjeu était de savoir si l’inflation était « susceptible de redescendre d’elle-même vers notre cible ». En l’espace de quelques jours, les swaps à un jour ont fait bondir la probabilité d’une hausse d’environ 35 % à près de 90 %, selon les données de Bloomberg, tandis que 19 des 34 économistes sondés par Reuters anticipaient ce resserrement.
La Banque a choisi d’aller de l’avant malgré la perte de 110 000 emplois en deux mois et le fait que les mesures de l’inflation fondamentale restaient proches de 2 %. Pour les titulaires d’un prêt hypothécaire à taux variable ou d’une marge de crédit hypothécaire, les prêteurs ajustent leur tarification en fonction du taux préférentiel. Les prêts à taux fixe en cours ne subissent aucun contrecoup. Enfin, pour les emprunteurs qui magasinent ou préparent leur renouvellement, le rendement des obligations de 5 ans du gouvernement du Canada demeure bien plus déterminant que le geste posé par la banque centrale.
Meilleurs taux hypothécaires
Ce que la Banque du Canada a décidé
La décision porte le taux cible du financement à un jour, le taux directeur, de 2,25 % à 2,50 %, niveau où il logeait depuis la réduction d’octobre 2025. Le taux officiel d’escompte passe à 2,75 % et le taux de rémunération des dépôts grimpe à 2,45 %. Le Conseil de direction a relevé le taux directeur « pour réduire le risque que la persistance des prix élevés de l’énergie se propage de façon généralisée aux prix d’autres biens et services ». Les grandes banques ont suivi le jour même : RBC, TD, BMO et CIBC ont relevé leur taux préférentiel de 4,45 % à 4,70 %, à compter du 29 octobre.
Cette annonce s’accompagnait de la publication du Rapport sur la politique monétaire, la première mise à jour complète des projections de la Banque depuis juillet. À l’époque, la Banque prévoyait un baril de Brent autour de 75 $ US en moyenne au troisième trimestre et anticipait un repli de l’inflation vers 2,5 % au second semestre de 2026. Or, à la mi-octobre, le Brent oscillait près de 101 $ US avant d’atteindre un sommet de six mois à 103 $ US, ce qui a maintenu l’inflation globale à 3,1 %.
Le Rapport d’octobre relève nettement la prévision d’inflation. La Banque s’attend à ce que l’inflation mesurée par l’IPC monte à environ 3,5 % d’ici la fin de l’année, puis qu’elle « s’établisse en moyenne à 3 % en 2027, ce qui dépasse d’un point de pourcentage la projection de juillet, avant de descendre à 2 % au milieu de 2028 ». Elle suppose désormais que le baril de Brent avoisinera 100 $ US en moyenne au quatrième trimestre de 2026, avant de s’établir aux alentours de 75 $ US d’ici la fin de 2028. La croissance est revue à la hausse, à 1 % en 2026, et à 2 % en 2027 et en 2028, après une croissance du PIB de 3,3 % au deuxième trimestre. La Banque s’attend à ce que l’inflation continue d’augmenter jusqu’au premier trimestre de 2027, puisque « les pressions sur les coûts s’intensifient » et que ses enquêtes indiquent que les entreprises transmettront une plus grande part de leurs coûts à leur clientèle au cours de la prochaine année.
Pourquoi la Banque du Canada a-t-elle relevé ses taux?
L’institution a agi par pure précaution. Si l’inflation ne s’était pas encore largement propagée au-delà du secteur énergétique, la Banque signalait déjà depuis septembre qu’elle ne resterait pas les bras croisés à attendre cette contagion. Sa déclaration de septembre indiquait clairement que les risques à la hausse pesant sur les prix s’étaient accentués, le gouverneur Macklem ayant d’ailleurs averti les médias ce mois-là : « S’il faut plus d’une hausse, nous n’hésiterons pas à agir. » À l’étranger, la Banque note que « l’inflation a augmenté dans la plupart des pays ».
Les données qui inquiétaient la Banque portaient davantage sur l’avenir que sur le présent. Le jour de l’annonce, la Banque a indiqué que « les attentes d’inflation à court terme des ménages et des entreprises ont augmenté, tandis que celles à long terme restent bien ancrées ». L’enquête sur les perspectives des entreprises, publiée le 19 octobre, montrait qu’environ la moitié des dirigeants sondés prévoyaient refiler une partie de leurs hausses de coûts à leurs clients, une proportion en hausse par rapport au trimestre précédent, tandis que la proportion d’entreprises anticipant une récession chutait de 17 % à 6 %. Lorsque la demande résiste, les entreprises n’hésitent pas à ajuster leurs prix. De plus, Statistique Canada rapportait que les prix des produits industriels ont grimpé de 14,5 % sur un an en septembre, signalant une vive accumulation des pressions sur les coûts en amont de la chaîne d’approvisionnement.
Le Conseil de direction a envisagé deux options : « maintenir le taux directeur au même niveau, ou le relever ». Le gouverneur Macklem a précisé que l’argument principal pour le maintien du taux était que « la hausse de l’inflation s’est jusqu’à présent concentrée dans les prix de l’énergie et dans ceux des services qui dépendent fortement d’intrants énergétiques, comme les prix des billets d’avion ». L’argument principal pour une hausse du taux était que « les prix de l’énergie sont plus élevés, qu’ils devraient le rester, et que les pressions sur les coûts s’intensifient ».
C’est précisément sur ce raisonnement que s’appuyaient les économistes ayant prédit la hausse. « Les banquiers centraux ne peuvent plus faire abstraction de l’impact inflationniste des prix élevés de l’énergie », écrivait Desjardins à la suite des données d’inflation de septembre, prévoyant une généralisation des hausses de prix à la consommation. La Banque Scotia estimait également qu’il existait « probablement suffisamment de signaux pour justifier une hausse ». Même le président de l’Institut C.D. Howe, dont le conseil de politique monétaire préconisait pourtant le statu quo, a admis qu’une banque centrale ne peut ignorer un choc d’offre que « jusqu’au moment où les anticipations commencent à perdre leur ancrage ».
Les données actuelles expliquent les motifs de cette hausse. L’indice des prix à la consommation a progressé de 3,1 % sur un an en septembre, glissant de nouveau au-delà de la fourchette de tolérance de 1 % à 3 % de la Banque. Toutefois, cette poussée provenait presque exclusivement de l’essence, en hausse de 6,1 % en un seul mois. Sans l’essence, les prix ont augmenté de 2,2 %, et les mesures fondamentales privilégiées par l’institution, l’IPC-tronq et l’IPC-médian, ont ralenti à 1,8 % et 1,9 %, sous la cible de 2 %. BMO, qui s’était pourtant résignée à anticiper une hausse, notait que le rapport de septembre n’offrait « absolument aucune preuve » d’un débordement des coûts énergétiques vers le reste des biens.
Le marché du travail montrait lui aussi des signes d’essoufflement. L’Enquête sur la population active de Statistique Canada a fait état d’un recul de 68 000 emplois en septembre, après une baisse de 42 000 en août, portant le taux de chômage à 6,5 %. Les Services économiques TD, partisans du statu quo, jugeaient alors qu’une hausse était « prématurée », pointant la faible progression des salaires et les nouveaux tarifs douaniers américains attendus en janvier dans le secteur automobile. À 2,50 %, le taux directeur demeure néanmoins sous 2,75 %, le point milieu de la fourchette de 2,25 % à 3,25 % où la Banque estime que se situe le taux neutre.
Enfin, cette hausse frappe le pays de façon asymétrique. Le Québec a perdu 49 000 emplois en septembre et l’Ontario en a cédé 20 000, pendant que l’Alberta en créait 23 000. Une même politique monétaire nationale resserre ainsi les conditions financières dans des provinces où l’emploi cale, tout comme dans celles où la croissance se maintient.
Quel est l’impact de l’annonce d’aujourd’hui sur votre prêt hypothécaire à taux variable?
L’annonce d’aujourd’hui entraîne une hausse du coût des intérêts sur l’ensemble des produits à taux variable au pays. La manière dont ce resserrement se répercute sur vos finances dépend toutefois de la structure de votre prêt :
- Prêt hypothécaire à taux ajustable (ARM) : Vos mensualités suivent directement les fluctuations du taux préférentiel. Sur un solde de 500 000 $ assorti d’un amortissement restant de 25 ans, une hausse d’un quart de point (0,25 %) ajoutera environ 70 $ par mois à vos paiements; sur un solde de 300 000 $, la facture grimpera d’environ 42 $.
- Prêt hypothécaire à taux variable à versements fixes (VRM) : Vos mensualités demeurent inchangées, mais une part accrue de votre versement est désormais consacrée aux intérêts. Sur ce même solde de 500 000 $, une hausse de 0,25 % redirige environ 104 $ par mois du capital vers les intérêts, ralentissant d’autant le remboursement du prêt et étirant la durée réelle de votre amortissement.
À force de hausses successives, un prêt variable à versements fixes peut atteindre son taux de déclenchement, c’est-à-dire le point où votre mensualité ne suffit même plus à couvrir les intérêts accumulés. Ce taux figure dans votre contrat de prêt; demandez à votre prêteur comment et quand il vous avisera si vous en approchez. Vous pouvez utiliser notre calculatrice de choc des paiements pour mesurer l’effet précis de ce resserrement sur votre budget.
La plupart des emprunteurs ont déjà été évalués pour une hausse de cet ordre. Les prêteurs sous réglementation fédérale qualifient les emprunteurs non assurés au plus élevé de leur taux contractuel majoré de 2 % ou de 5,25 %, un coussin que le BSIF décrit ainsi : « cette marge de sécurité confirme que les emprunteurs sont en mesure de tenir le coup en cas de difficultés financières ». Ceux qui ont renouvelé par transfert direct n’ont peut-être pas été réévalués.
Si vous hésitez à conserver votre taux variable, comparez simplement votre taux actuel avec le taux fixe que vous pourriez verrouiller dès aujourd’hui. Divisez cet écart par 0,25 % : vous saurez ainsi exactement combien de hausses supplémentaires seraient nécessaires pour annuler votre avantage actuel. Cette différence constitue votre marge de sécurité, un repère plus simple et concret que n’importe quelle prévision des taux hypothécaires.
Quel est l’impact sur les taux hypothécaires fixes?
Une hausse du taux directeur ne modifie en rien les modalités d’un prêt hypothécaire fixe en vigueur. Elle peut en revanche influencer le taux consenti lors d’un renouvellement ou pour un nouveau terme fixe. Les taux fixes évoluent en effet au diapason des rendements des obligations du gouvernement du Canada (GdC), et non au gré de la seule décision de la Banque centrale.
Or, le marché obligataire avait déjà largement devancé ce resserrement. Selon les tableaux de rendements obligataires de la Banque, le taux à 5 ans s’établissait à 3,64 % le 19 octobre, contre environ 2,6 % avant la fin février, tandis que le taux à 2 ans atteignait 3,33 % le 23 octobre, soit plus d’un point de pourcentage complet au-dessus de l’ancien taux directeur. Le terme à 2 ans devance régulièrement les gestes de la banque centrale : le 19 octobre, à mesure que les marchés intégraient la probabilité d’une hausse, il a bondi d’environ 14 points de base en un seul après-midi. Les prêteurs ont rapidement ajusté leurs grilles. D’après le suivi de Canadian Mortgage Trends, l’ensemble des grandes banques canadiennes avaient déjà haussé certains de leurs taux fixes affichés de 10 à 50 points de base depuis le début de septembre.
Les Services économiques RBC soulignaient d’ailleurs avant l’annonce que, pour tout emprunteur optant pour un taux fixe, la trajectoire générale des taux importe bien plus que le calendrier exact du premier tour de vis, un décalage de quelques mois n’ayant que peu d’effet sur les rendements à 5 et 10 ans. Les marchés intégraient alors quatre hausses d’un quart de point d’ici la fin de 2027, y compris celle-ci, ce qui hisserait à terme le taux directeur à 3,25 %. Les taux fixes pourraient maintenant s’apaiser si les marchés concluent que cette intervention suffit à calmer le jeu, ou au contraire poursuivre leur ascension si les investisseurs commencent à parier sur de nouveaux resserrements. Chez nesto, le taux fixe assuré de 5 ans le plus avantageux s’établit actuellement à 4,59 %.
Comment l’abordabilité a évolué à travers le Canada
Comment les changements de taux de la Banque du Canada ont influencé les prix des propriétés, la qualification hypothécaire et les coûts d’intérêt
Comment l’abordabilité hypothécaire a-t-elle évolué au Canada?
Trois chiffres déterminent si une propriété est à votre portée : son prix, le revenu requis pour vous qualifier et les intérêts que vous payez pendant toute la durée de votre prêt hypothécaire. Une décision de la Banque du Canada influence les deux derniers bien avant les prix.
Le Canada en un coup d’œil
- Prix de référence : le prix de référence composite national s’établit à 651 400 $ en septembre 2026. Écart sur 12 mois : en baisse de 26 000 $.
- Revenu requis pour vous qualifier : un ménage a besoin d’environ 130 550 $ par année pour acheter une propriété au prix de référence de septembre 2026 (661 800 $) avec une mise de fonds de 20 % aux taux actuels de nesto. Écart par rapport aux taux d’il y a un an : en hausse de 8 301 $.
- Intérêts sur un terme de cinq ans : ce même prêt coûte 119 840 $ d’intérêts sur cinq ans. Écart par rapport aux taux d’il y a un an : en hausse de 20 274 $.
Comment l’abordabilité a-t-elle évolué dans votre province?
Chaque cellule présente le montant actuel, puis l’écart sur 12 mois. Les prix correspondent au prix de référence le plus récent de l’ACI. Le revenu et les intérêts appliquent les taux actuels de nesto au prix de référence de septembre 2026 de chaque province : leur écart montre donc l’effet des taux seuls, pour une même propriété.
| Province | Prix de référence | Revenu requis pour vous qualifier | Intérêts sur un terme de 5 ans |
|---|---|---|---|
| Canada | 651 400 $ en baisse de 26 000 $ | 130 550 $ en hausse de 8 301 $ | 119 840 $ en hausse de 20 274 $ |
| Colombie-Britannique | 868 900 $ en baisse de 44 200 $ | 172 207 $ en hausse de 11 035 $ | 157 931 $ en hausse de 26 993 $ |
| Alberta | 508 500 $ en baisse de 2 200 $ | 102 428 $ en hausse de 6 457 $ | 94 026 $ en hausse de 15 746 $ |
| Saskatchewan | 376 700 $ en hausse de 10 400 $ | 77 233 $ en hausse de 4 541 $ | 70 181 $ en hausse de 11 020 $ |
| Manitoba | 388 200 $ en hausse de 799 $ | 79 050 $ en hausse de 4 652 $ | 71 902 $ en hausse de 11 291 $ |
| Ontario | 736 300 $ en baisse de 30 800 $ | 147 500 $ en hausse de 9 405 $ | 135 775 $ en hausse de 22 969 $ |
| Québec | 537 100 $ en hausse de 6 000 $ | 108 771 $ en hausse de 6 869 $ | 100 029 $ en hausse de 16 751 $ |
| Nouveau-Brunswick | 341 700 $ en hausse de 9 100 $ | 69 595 $ en hausse de 4 073 $ | 62 953 $ en hausse de 9 885 $ |
| Nouvelle-Écosse | 423 200 $ en baisse de 11 000 $ | 86 050 $ en hausse de 5 081 $ | 78 526 $ en hausse de 12 331 $ |
| Île-du-Prince-Édouard | 377 900 $ en hausse de 1 700 $ | 78 470 $ en hausse de 4 616 $ | 71 353 $ en hausse de 11 204 $ |
| Terre-Neuve-et-Labrador | 355 600 $ en hausse de 18 600 $ | 72 553 $ en hausse de 4 254 $ | 65 753 $ en hausse de 10 325 $ |
Notre méthode de calcul : le revenu requis suppose une mise de fonds de 20 %, une période d’amortissement de 25 ans et un ratio d’amortissement brut de la dette (ABD) de 39 %. Il est soumis au test de résistance au taux admissible minimal (TAM), soit le plus élevé entre 5,25 % et le taux contractuel majoré de 2 points de pourcentage. Les intérêts correspondent au total payé sur un terme fixe de cinq ans et excluent le capital, les taxes foncières, le chauffage, les assurances et l’entretien. Il s’agit de seuils de qualification, et non de recommandations d’abordabilité.
Faut-il renouveler son hypothèque maintenant ou attendre?
Le bon moment pour renouveler dépend d’abord de votre date d’échéance, de votre stratégie hypothécaire globale et des offres offertes sur le marché, plutôt que du calendrier de la Banque centrale. Environ 12 % de l’encours hypothécaire total est composé de prêts fixes de 5 ans contractés au plus fort de la pandémie qui viendront à échéance d’ici un an, selon le Rapport sur la stabilité financière de la Banque, avec à la clé une hausse moyenne des mensualités d’environ 15 %. La pression financière est bien réelle, mais demeure concentrée : l’Institut C.D. Howe estime que la facture des versements programmés pour l’ensemble des ménages canadiens ne grimpe en réalité que de moins de 2 %.
Une garantie de taux vous met à l’abri de hausses futures pendant que vous magasinez et comparez les offres. Elle s’obtient sur demande de soumission et vous protège jusqu’à 150 jours pour les termes fixes ou variables de 5 ans, et jusqu’à 120 jours pour les autres termes chez nesto. Dans le cas d’un prêt variable, elle verrouille le rabais consenti par rapport au taux préférentiel plutôt que le taux lui-même. Pensez également à regarder au-delà du seul taux d’intérêt : les privilèges de remboursement anticipé et les conditions de transférabilité font toute la différence. De plus, si vous transférez une hypothèque non assurée vers un autre prêteur sous réglementation fédérale sans augmenter le solde ni allonger l’amortissement, le BSIF vous dispense des exigences du test de résistance.
Vers quoi se tournaient les emprunteurs avant l’annonce?
Les données internes des demandes soumises chez nesto révèlent que les emprunteurs privilégiaient de plus en plus le taux variable jusqu’à la veille de cette hausse. Entre le 5 août et le 1er septembre, 64,1 % des demandes visaient un produit variable. Cette part a atteint 68,3 % entre le 2 septembre et le 18 octobre, avant de fléchir à 64,4 % du 19 au 23 octobre, soit la semaine de la publication des chiffres d’inflation où les marchés ont commencé à intégrer un resserrement. Le Québec s’est particulièrement démarqué : la proportion du variable y est passée de 69,4 % à 77,9 %, avant de se stabiliser à 75,8 %. En Ontario, elle a progressé de 50,4 % à 55,8 %, pour ensuite redescendre à 53,8 %.
Les prêts effectivement déboursés ont affiché la tendance inverse : la part des signatures à taux fixe est passée de 34,2 % à 43,2 %, traduisant la finalisation de demandes amorcées plus tôt. Il s’agit de chiffres internes représentatifs de la tendance du marché, tous antérieurs à la décision.
Ce qui pourrait changer avant le 9 décembre
L’histoire plaide contre une hausse isolée. L’historique du taux directeur de la Banque montre qu’aucun cycle de resserrement depuis 1997 ne s’est terminé après une seule hausse; le plus court, en 2010, en comptait 3. Dès avril, le gouverneur Macklem prévenait que « des hausses consécutives du taux directeur pourraient être nécessaires » si la hausse des prix de l’énergie se propageait.
La prochaine annonce de politique monétaire aura lieu le 9 décembre, sans une nouvelle publication du Rapport sur la politique monétaire; le prochain Rapport sera publié le 27 janvier 2027. La Banque a indiqué qu’« il pourrait être nécessaire d’augmenter davantage le taux directeur, mais vu les incertitudes actuelles, le Conseil a convenu de procéder avec prudence », et le gouverneur Macklem a précisé que le Conseil a convenu « de prendre ses décisions de politique monétaire une à la fois ». Les analystes qui avaient anticipé la décision d’aujourd’hui ne s’attendent pas pour autant à un resserrement précipité. BMO et Desjardins tablaient chacune sur une seule hausse supplémentaire en janvier 2027, tandis que la Banque Scotia prévoyait trois hausses d’ici le début de 2027. Après la décision, les Services économiques TD ont dit prévoir une autre hausse d’un quart de point au premier trimestre de 2027, ce qui porterait le taux directeur à 2,75 %, soit environ le milieu de la fourchette neutre de la Banque.
Deux indicateurs économiques clés dicteront le ton en décembre. Le rapport sur l’inflation d’octobre, attendu le 16 novembre, permettra de voir si les pressions sur les prix ont gagné d’autres secteurs que l’essence; si tel est le cas, les arguments en faveur d’un second resserrement s’accumuleront rapidement. À l’inverse, le rapport sur l’emploi d’octobre, prévu le 6 novembre, pourrait inciter à la retenue : de nouvelles pertes de postes plaideraient pour une pause après le tour de vis d’aujourd’hui. Les tensions commerciales demeurent également en embuscade. Après l’échec des pourparlers à la fin du mois d’août, les États-Unis ont imposé un droit de douane de 50 % sur une gamme de produits canadiens, et la Banque estime maintenant le taux moyen des droits de douane américains sur les importations canadiennes à 7,5 %, contre 5,0 % en juillet. Environ 80 % des exportations canadiennes de biens vers les États-Unis demeurent exemptes de droits de douane. Nos prévisions des taux hypothécaires suivent de près ces différentes variables à plus long terme.
En conclusion
La Banque du Canada a recommencé à hausser le ton, mais avec prudence. Les emprunteurs détenant un prêt variable ou ajustable sentiront la hausse dès que les prêteurs auront ajusté leur taux préférentiel; les hypothèques fixes en cours demeurent inchangées; et ceux qui doivent renouveler composent avec des taux dictés par un marché obligataire qui avait déjà devancé la Banque centrale.
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