Les stratégies des acheteurs canadiens face au marché immobilier en 2026
Malgré des prix élevés et des critères de qualification plus sévères, les Canadiens bien décidés à acheter ne baissent pas les bras. Qu’ils profitent du coup de pouce financier de leurs parents ou qu’ils choisissent de s’installer dans des régions plus abordables, les acheteurs rivalisent d’ingéniosité pour concrétiser leur rêve de propriété.
La Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL) a d’ailleurs publié les résultats de son Enquête auprès des emprunteurs hypothécaires de 2026. Ce sondage, mené auprès de 4 112 acheteurs d’une première maison, de propriétaires en phase de renouvellement ou de refinancement et d’acheteurs d’une nouvelle propriété, dresse un portrait clair de l’état du marché et des stratégies d’achat actuelles.
Les grandes lignes
- La confiance des emprunteurs s’est redressée en 2026, même si la capacité à honorer les versements mensuels demeure une source d’inquiétude.
- Il faut maintenant compter en moyenne 4,4 ans pour accumuler la mise de fonds nécessaire à l’achat d’une propriété.
- Les renouvellements continuent de dominer le marché, et de nombreux propriétaires écopent d’une hausse moyenne de 375 $ par mois.
Meilleurs taux hypothécaires
Tendances du marché et profil des acheteurs
Les données de la SCHL montrent un virage net dans l’attitude des Canadiens face à l’immobilier. Cette année, une forte majorité de répondants considèrent toujours l’achat d’une habitation comme un excellent placement à long terme. En revanche, ils sont un peu plus prudents qu’avant à court terme : seuls 68 % des sondés anticipent une hausse de la valeur de leur propriété au cours des 12 prochains mois, contre 74 % l’an dernier.
Un climat économique qui reste incertain
L’incertitude continue de planer sur le marché, même si la tension s’allège : 47 % des acheteurs ont exprimé des doutes ou des craintes durant leurs démarches, comparativement à 62 % en 2025. Leurs principales sources d’angoisse cette année? Les coûts d’habitation imprévus (46 %), la peur de payer trop cher (41 %), le coût de la vie après l’achat (36 %), l’entretien de la propriété (32 %) et la difficulté à dénicher la perle rare (31 %).
Cette insécurité ne s’arrête pas une fois l’offre d’achat signée : un acheteur sur quatre avoue avoir des appréhensions par rapport au financement. Leurs plus grandes inquiétudes concernent la volatilité des taux d’intérêt (35 %), le fardeau des mensualités (29 %), la complexité des conditions du prêt (25 %), le stress lié au respect des échéances (24 %) et le niveau de confiance accordé aux professionnels du milieu (23 %).
Qui occupe le marché hypothécaire? Les renouvellements continuent de dominer
Comprendre la composition du marché hypothécaire canadien permet de mieux saisir les pressions auxquelles les emprunteurs font face aujourd’hui. Selon la plus récente enquête de la SCHL, la grande majorité de l’activité ne provient pas de l’achat de nouvelles propriétés. Le marché est plutôt dominé par les propriétaires qui doivent renouveler ou refinancer un prêt existant, et qui doivent souvent composer avec des taux plus élevés.
Les renouvellements représentent la part du lion avec 66 % des répondants (en hausse par rapport à 65 % en 2025 et 62 % en 2024), confirmant leur poids prédominant dans le paysage hypothécaire au pays. Les refinancements comptent pour 19 % du marché, le recours à la valeur nette de la propriété pour financer des rénovations ou des améliorations domiciliaires demeurant la principale raison évoquée par les emprunteurs. Enfin, la part des acheteurs d’une première maison a glissé à 11 % en 2026 (contre 12 % en 2025), tandis que les acheteurs récurrents maintiennent leur position à 5 % du marché, une proportion identique à celle de l’an dernier.
| Renouvellement | Refinancement | Acheteurs d’une première maison | Acheteurs récurrents | |
|---|---|---|---|---|
| Crainte de faire défaut de paiement | 37 % | 47 % | 40 % | 25 % |
| Versement manqué (au cours de l’année passée) | 8 % | 12 % | 6 % | 1 % |
| Difficulté à faire face à l’ensemble des dettes | 38 % | 53 % | 41 % | 17 % |
| Recours au crédit pour payer d’autres dettes | 18 % | 25 % | 16 % | 8 % |
Les données révèlent une tendance claire : les propriétaires qui refinancent sont ceux qui subissent la plus forte pression financière de tout le marché. Près de la moitié d’entre eux (47 %) craignent de faire défaut de paiement, un taux encore plus élevé que chez les acheteurs d’une première propriété. Cela donne à penser que le recours à la valeur nette de la maison, bien qu’utile pour des rénovations ou une consolidation de dettes, peut aggraver la précarité financière plutôt que de l’alléger, surtout dans un contexte de taux d’intérêt élevés. À l’inverse, les acheteurs récurrents affichent le niveau de stress le plus bas pour tous les indicateurs. Cette réalité s’explique par l’accumulation de capital (provenant de la vente d’une propriété, d’une marge de crédit hypothécaire ou d’un refinancement), qui leur permet de verser une mise de fonds plus importante pour réduire leur prêt ou de se constituer un coussin financier pour gérer leurs autres dépenses.
Tendances chez les acheteurs d’une première propriété
Au Canada, les acheteurs d’une première maison doivent composer avec un enjeu de taille quant à l’abordabilité. Pour y parvenir, ils n’hésitent pas à revoir leurs habitudes de vie et leurs stratégies d’achat. Par exemple, 27 % d’entre eux ont fait l’acquisition de leur première propriété alors qu’ils habitaient chez des amis ou des membres de leur famille, une décision prise fort probablement pour épargner pour leur mise de fonds de manière plus agressive.
Parmi ceux qui étaient locataires avant d’acheter, la période moyenne de location a grimpé à 7,6 ans en 2026 (contre 6,3 ans auparavant), ce qui témoigne d’une préparation financière beaucoup plus longue avant de faire le grand saut vers la propriété. D’ailleurs, les premiers acheteurs sondés ont mis en moyenne 4,7 ans pour accumuler leur mise de fonds, comparativement à 3,7 ans en 2025. L’effort financier requis se reflète également dans l’engagement des acheteurs : 55 % d’entre eux ont affirmé avoir dépensé le montant maximal qu’ils pouvaient se permettre pour acquérir leur maison.
Impact des taux d’intérêt sur l’achat d’une habitation
Les taux d’intérêt influencent directement l’abordabilité et le budget des acheteurs. Lorsque les taux sont élevés, la capacité d’emprunt diminue, ce qui signifie que le montant maximal auquel vous vous qualifiez est revu à la baisse. Dans ce contexte, les propriétaires en phase de renouvellement ont été les plus nombreux à signaler une pression financière accrue en raison de la hausse des taux. En moyenne, les personnes devant renouveler leur prêt et subissant ce stress financier ont vu leurs mensualités hypothécaires bondir de 375 $ par mois.
Magasiner et comparer les offres permet de réaliser des économies considérables sur les frais d’intérêt, tout particulièrement lors du premier terme, moment où la part d’intérêt payée sur chaque versement est supérieure à celle du remboursement du capital. Même un léger écart de taux peut se traduire par des milliers de dollars d’économies sur la durée totale du terme. Décrocher un taux inférieur permet de réduire vos mensualités, d’abaisser vos ratios d’endettement et de maximiser votre capacité d’emprunt.
Impact des taux d’intérêt sur les versements et les frais d’intérêt
Le tableau ci-dessous illustre les économies réalisables sur vos versements et sur les intérêts payés en optant pour un taux légèrement inférieur. En choisissant le taux le plus bas, vous réduisez vos versements mensuels d’environ 89 $ et économisez près de 7 767 $ en intérêts sur un terme de 5 ans pour un prêt de 650 000 $ avec un amortissement sur 25 ans.
| Taux d’intérêt | 4,14 % | 4,39 % |
| Versement hypothécaire mensuel | 3 468,64 $ | 3 557,93 $ |
| Total des intérêts payés durant le terme | 125 340,83 $ | 133 108,25 $ |
| Total du capital remboursé durant le terme | 82 777,67 $ | 80 367,70 $ |
| Économie totale (sur l’intérêt) | 7 767,42 $ |
Impact des taux d’intérêt sur votre capacité d’achat
Le tableau suivant montre comment le taux d’intérêt qui vous est offert influence directement votre budget d’achat. Avec le taux le plus bas, nous posons comme hypothèse que vous vous qualifiez pour un prêt maximal de 650 000 $ avec une mise de fonds de 20 %, ce qui représente un prix d’achat total de 812 500 $ (amortissement sur 25 ans).
Si le taux est plus élevé, votre capacité d’emprunt diminue, ce qui réduit votre pouvoir d’achat de 16 313 $. Si vous tenez à acheter la même propriété, vous devrez injecter ce montant manquant dans votre mise de fonds pour combler l’écart. Vous pourriez également étaler l’amortissement sur 30 ans pour compenser l’effet du taux plus élevé, mais cela vous amènerait à payer beaucoup plus d’intérêts sur la durée totale de votre prêt.
Un taux d’intérêt supérieur restreint la taille du prêt que vous pouvez assumer. Cela diminue automatiquement le prix maximal de la maison que vous pouvez vous offrir, même si vos revenus et votre mise de fonds de départ restent inchangés. Cette différence de taux peut ainsi vous forcer à choisir entre acheter dans votre quartier de prédilection ou faire des compromis sur l’emplacement, la superficie ou les caractéristiques de la propriété.
| Taux d’intérêt | 4,14 % | 4,39 % |
| Prix d’achat maximal | 812 500 $ | 796 187 $ |
| Prix d’achat maximal | 162 500 $ (20 %) | 162 500 $ (20,3 %) |
| Montant maximal du prêt | 650 000 $ | 633 687 $ |
| Perte de pouvoir d’achat | 16 313 $ |
Comment les acheteurs épargnent-ils pour s’offrir une propriété
L’abordabilité du logement demeure un enjeu de taille pour de nombreux Canadiens. Bien que la mise de fonds minimale requise soit de 5 %, beaucoup de futurs acheteurs doivent verser un montant nettement supérieur pour s’offrir une propriété au prix moyen du marché. C’est particulièrement vrai dans les marchés en effervescence, comme Toronto et Vancouver, où le prix des maisons dépasse régulièrement le million de dollars, ce qui exige une mise de fonds plus substantielle afin de maximiser le pouvoir d’achat.
Les acheteurs ont indiqué qu’il leur avait fallu en moyenne 4,4 ans pour accumuler leur mise de fonds, comparativement à 3,4 ans en 2025.
Pour réunir une mise de fonds plus importante, de nombreux Canadiens continuent de se tourner vers leur famille. Cette année, 23 % des acheteurs (contre 35 % l’an dernier) ont reçu un don financier pour les aider à constituer leur mise de fonds. Le montant médian de ces dons s’élevait à 30 000 $.
Toutefois, les dons ne représentaient pas la principale source de financement. Les acheteurs d’une première maison ont indiqué avoir puisé dans leurs propres économies avant de recourir à un don ou à un héritage. De leur côté, les acheteurs récurrents ont d’abord utilisé la valeur nette de leur ancienne propriété, une marge de crédit hypothécaire ou leurs économies personnelles avant de faire appel à l’aide familiale.
Le rôle de la technologie
La technologie occupe une place prépondérante dans notre quotidien, tant au travail que dans nos loisirs. Il n’est donc pas surprenant qu’elle transforme également la façon dont les futurs acheteurs recherchent une propriété et obtiennent leur financement. Les acheteurs potentiels peuvent désormais parcourir d’innombrables inscriptions en ligne, faire des visites virtuelles et même soumettre une demande de prêt par l’entremise de plateformes numériques comme nesto.
Un consommateur sur trois a complété l’ensemble de sa transaction hypothécaire à distance. Les acheteurs récurrents et les propriétaires en phase de renouvellement sont d’ailleurs les plus enclins à tout gérer en ligne.
Parmi les personnes sondées par la SCHL, 77 % des emprunteurs ont effectué des recherches de financement en ligne. Les sites Web les plus consultés pour obtenir des renseignements et des conseils étaient :
- Les sites de comparaison de taux d’intérêt (33 %)
- Les sites de courtiers hypothécaires (32 %)
- Les sites des prêteurs institutionnels (31 %)
- Le site de la SCHL (20 %)
- Les sites d’annonces immobilières (20 %)
- Les outils d’intelligence artificielle (16 %)
- Les sites gouvernementaux (13 %)
La grande majorité des consommateurs qui ont fait des recherches en ligne cherchaient à comparer les taux (88 %) et à utiliser des calculateurs hypothécaires (72 %). Par ailleurs, 49 % d’entre eux ont procédé à une autoévaluation financière et 46 % ont soumis une demande de préqualification ou de préapprobation hypothécaire en ligne.
Foire aux questions (FAQ) sur les stratégies d’achat dans le marché immobilier canadien
Quelles sont les stratégies les plus courantes utilisées par les Canadiens pour acheter une propriété aujourd’hui?
De nombreux acheteurs revoient leur budget en réduisant leurs dépenses discrétionnaires, en épargnant plus longtemps pour leur mise de fonds et en magasinant pour dénicher le meilleur taux hypothécaire. D’autres comptent sur le soutien financier de leur famille, tirent parti de la valeur nette de leur ancienne propriété ou choisissent d’allonger leur période d’amortissement afin de réduire leurs mensualités.
Combien de temps faut-il pour accumuler une mise de fonds au Canada?
Selon l’enquête auprès des emprunteurs hypothécaires de 2026 de la SCHL, les acheteurs mettent en moyenne 4,4 ans pour épargner en vue d’une mise de fonds, comparativement à 3,4 ans en 2025. Le délai est encore plus long pour les acheteurs d’une première propriété, qui épargnent en moyenne pendant 4,7 ans avant de réaliser leur projet.
Les incitatifs pour les acheteurs d’une première propriété sont-ils toujours utiles dans le marché actuel?
Des programmes comme le compte d’épargne libre d’impôt pour l’achat d’une première propriété (CELIAPP), le régime d’accession à la propriété (RAP) ainsi que les divers incitatifs provinciaux continuent de réduire le fardeau financier des acheteurs grâce à des avantages fiscaux et à des remboursements de taxes. Ces options demeurent au cœur de la stratégie des premiers acheteurs pour accumuler leur mise de fonds et acquérir leur premier chez-soi.
En conclusion
La plus récente enquête de la SCHL démontre que, même si la confiance des consommateurs à l’égard du marché hypothécaire se redresse, l’abordabilité demeure un défi de taille pour de nombreux Canadiens. Des périodes d’épargne plus longues, la hausse des coûts au renouvellement et l’incertitude économique continuent d’influencer les décisions financières des acheteurs et des propriétaires actuels. Malgré tout, les emprunteurs se montrent proactifs en ajustant leur budget, en comparant les taux du marché et en tirant pleinement parti des outils numériques.
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